Membre du Comité central du Parti communiste-ouvrier d’Iran. A reçu le Prix "Secularist of the Year" délivré en 2007 par la National Secular Society de Grabnde-Bretagne.
Mina Ahadi, fondatrice du Conseil central des ex-musulmans, s’est entretenue avec DW-WORLD.DE au sujet des objectifs de son organisation, de l’approche de l’Allemagne face à la communauté musulmane et de l’impossibilité de réformer l’islam.
Vous avez fondé le Conseil central des ex-musulmans avec 30 autres personnes. Comment cette idée vous est-elle venue, et quels sont vos objectifs ?
Actuellement nous sommes 150. Il y a 20 jours, nous étions seulement 30. Pendant environ une année, nous avons rencontré diverses organisations de défense des droits de l’homme, comme la Ligue internationale des non-religieux et des athées.
Nous avons toujours essayé d’avoir une démarche unitaire afin de parler d’une seule voix quand des sujets comme les crimes d’« honneur », le port du hijab ou les cours de religion ont été soulevés en Allemagne. Nous avons essayé de présenter notre position, mais nous avons eu très peu d’occasions de le faire. Les médias ne nous ont pas pris au sérieux.
Il existe un stéréotype selon lequel tous les gens originaires d’Iran, de Turquie, etc., seraient tous les mêmes et tous musulmans. Nous avons donc décidé de trouver une manière de présenter nos idées qui soit provocatrice et obtienne l’attention des médias, parce que nous ne soutenons ni la politique du gouvernement allemand ni celle des organisations musulmanes.
Vous avez des objectifs politiques ?
Nous brandissons une banderole qui affirme : « Stop ! Pas en notre nom ! » Nous ne croyons pas que les organisations musulmanes représentent les citoyens originaires d’Iran, de Turquie, d’Irak, etc. Ce sont ces organisations elles-mêmes qui constituent le problème. Elles représentent l’islam politique en Allemagne.
Deuxièmement, nous ne pensons pas que le gouvernement allemand doive entamer la moindre démarche en direction des organisations musulmanes. Si vous les étudiez attentivement, vous découvrirez que ces organisations prônent une politique de séparation entre les « autochtones » et les « étrangers », les « musulmans » et les « non-musulmans ». Ils disent que les musulmans et l’islam sont uniques. Ils défendent la charia, une loi hostile aux femmes, et favorable au port du hijab pour les enfants, aux cours de religion, et aux crimes d’« honneur » en Allemagne.
Ces organisations ne peuvent pas parler de l’intégration. L’intégration signifie que les hommes et les femmes sont des individus libres et devraient avoir une chance de rester et vivre ici - indépendamment du pays d’où ils viennent, de leur religion ou de leur couleur de peau.
Pour ces organisations, l’identité principale des êtres humains est l’identité religieuse, et une telle conception va dans une direction opposée à l’intégration.
Est-il nécessaire de rejeter l’islam pour soutenir la lutte de votre organisation ?
D’un côté, il y a l’islam politique, dont l’existence justifie notre revendication politique : les organisations musulmanes ne doivent pas s’impliquer pas dans la vie politique ou la vie quotidienne des individus.
De l’autre, il y a la religion elle-même. Nous croyons que beaucoup de personnes dans les pays européens sont parvenues à avoir un esprit critique et à replacer la religion dans la sphère privée et à ne pas en faire une question politique. Je ne pense pas que l’Allemagne soit un Etat purement laïque. L’Eglise et l’Etat sont tout à fait séparés ici, même si je critique beaucoup la religion en Allemagne.
Notre organisation cherche à faire comprendre aux gens qu’ils n’ont pas besoin de la religion pour être heureux en ce monde, et que la religion peut théoriquement être une contrainte. Nous nous sommes détournés de la religion et de l’islam parce que l’islam est très problématique et que ce mouvement se mêle de nos vies et des questions politiques. C’est pourquoi nous avons décidé de prendre ce chemin et d’être provocateurs, et nous avons réussi.
Vous avez dit que vous ne voulez pas que le gouvernement allemand s’assoie à la même table que le Conseil central des musulmans. Mais le Conseil central représente trois millions de musulmans, et vous n’en représentez que 150.
Mais c’est seulement le commencement. Et personne en Allemagne n’a fait de sondage pour découvrir combien de gens se sentent représentés par le Conseil central des musulmans. À l’avenir, je voudrais savoir combien de personnes sont d’accord avec le Conseil central. Nous représentons les non-religieux - tous ceux qui ne s’identifient pas au Conseil central.
Avez-vous peur des extrémistes islamiques ?
J’ai une longue expérience de ces gens-là. J’ai eu pendant longtemps des problèmes avec les organisations islamiques. En Iran, j’ai été condamnée à mort - et la sentence est encore valable. Maintenant une seconde sentence de mort pèse sur moi parce que j’ai appelé les gens à exprimer leur approbation ou leur désapprobation vis-à-vis du Conseil central.
On ne doit pas se laisser intimider, même si ces organisations ont beaucoup de pouvoir. La terreur est un instrument très important de ces organisations. Mais des millions de gens les critiquent en Iran, en Turquie, en Arabie Saoudite, au Soudan, en Egypte et en Allemagne.
Êtes-vous contre toutes les religions, ou juste contre l’islam ?
Je suis contre toutes les religions.
Mina Ahadi